[Critique][Fiction Sonore] The War Master : Only The Good

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Evil Goat
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Cela fait un long moment que j'hésite à me lancer dans des critiques. Et il y a une série de fictions sonores dont la plupart des membres de ce collectif savent que j'en suis un fervent fanboy. Mais à aucun moment je n'avais envisagé sérieusement d'en faire une review complète, tant la tâche qui s'y incombe me forcera un temps de rédaction plutôt conséquent. Rien à foutre, je vais quand même le faire, et je pense ne pas m'arrêter là.
Dans cette critique, je vais essayer de m'éloigner de mon fanboyisme, et analyser la fiction en elle-même avec un regard de créatif. Par le biais de ce sujet, j'essaierai d'en tirer des enseignements et de vous les partager.

Introduction
The War Master est une série de fictions sonore se situant dans l'univers de Doctor Who publiée par Big Finish. Il y a une motivation en acier trempée chez eux, ainsi que des moyens pour avoir réussi à développer tout un univers étendu à la série à succès Doctor Who. Cet élément va être utile pour le contexte, ce n'est pas une fiction réalisée entre potes sur Discord, ce sont des acteurs et des pros qui se sont réunis dans des studios, ce qui est un autre élément à garder en tête. Si jamais vous deviez vous lancer, gardez en tête que c'est anglais, et qu'il n'existe pour le moment aucune traduction de proposée.
Cette série a une particularité, c'est que l'idée a été validée par Russel T Davies (qui a écrit l'épisode Utopia, où le War Master incarné par Derek Jacobi, apparait pour la première fois à la télévision) à condition que le premier Volume "Only The Good (Cliquez pour écouter la bande annonce)" soit cohérent avec les évènements de l'épisode Utopia, à savoir : que le Maître ait perdu la mémoire à la suite de l'usage de l'Arc Chaméléon. Et c'est effectivement l'histoire qui est racontée, comment un plan de ce Maître a pu le conduire à la fuite et à se cacher dans une réécriture biologique humaine.
Donc très clairement, cette saison 1 est connectée directement aux évènements de la série (plus précisément à l'épisode 11 de la saison 3 de Doctor Who : Utopia).

Only The Good est divisé en 4 épisodes de 50 à 60 minutes. Ce qui, a l'audio présentera quelques défauts que j'énoncerai plus bas. De manière générale, ce volume parle du plan que met en place le Maître, qui vise à mettre fin à la guerre du temps faisant rage à travers l'univers. Ce qui fait du concept de raconter les aventures de cet antagoniste quelque chose de fonctionnel, car actuellement il a un but à accomplir, un objectif clair qu'on pourrait comprendre en tant qu'auditeur : si la guerre du temps ravage l'univers, le Maître ne pourra pas le conquérir ; ainsi de son point de vue, la guerre du temps doit s'arrêter. On est donc face à un personnage qui a une mission louable pour de très mauvaises raisons. Le Maître est ici un Anti-Héro, et personnellement j'adore le principe.
Cette incarnation (jouée par le talentueux Derek Jacobi) nous fait découvrir une version polie, courtois et de bonne volonté du Maître. Une vision de ce personnage qui pourrait nous faire oublier quel genre de monstre il est réellement avant que soudainement, il fasse une crasse dont il a le secret. Morts, génocides, manipulations, oui... mais avec courtoisie. Son écriture m'a même fait douter sur quelques scènes sur ses véritables différences avec le Docteur, tant il est capable de se montrer (d'apparence) aussi bon que lui - alors qu'en réalité ce n'est qu'hypocrisie.
Du coup, avant de passer à la critique à proprement parler :
War Master a écrit :Things die. It’s just what they do. On every world, in every galaxy, something dies. Crying over it is spitting into the wind. Death is natural, yes. But, there comes a time in the history of all civilisations, worlds great and small, when something – some event, some disease, some war, tips the balance of things, and even nature must look at the numbers and nervously catch its breath. And on those occasions, well, it’s time to make plans….

Critique
Scénario / Rythme.
Si le scénario réparti en ces 4 épisodes m'ont relativement plu, j'ai un gros problème avec l'écriture de la saison en elle-même... parfois, c'est long. Et je ne parle pas de petites longueurs, mais bien de scènes entières où je me suis pas mal fait suer. Le rythme est occasionnellement lent, et plus spécifiquement dans l'épisode 2, qui est peut-être le moins bon des 4. Pourtant, il y avait de quoi faire avec cet épisode 2 (entre autre par la présence des Dalek comme menace directe).
Le développement de personnage est à mon goût le plus gros point fort de cette saison. L'écriture fait qu'on s'attache sincèrement aux personnages qui croisent la route du Maître, au point qu'après la fin de l'épisode 1, on se met réellement à avoir peur. Car au fond de nous, on a compris que la gentillesse de ce dernier est une façade le temps que la mécanique de son plan se mette en route. Et ce qui est terrifiant, que ce soit dans le cas de Cole ou le cas de la scientifique de l'épisode 1, c'est qu'à chaque fois, ils ont fait l'erreur de lui accorder leur confiance, et comme vous vous en doutez, ça a très mal fini pour eux, et nous, en tant qu'auditeur on se sent mal, car on savait que ça allait arriver, et on savait que rien ne l'empêcherait... car après tout, le Docteur n'est pas là pour sauver la situation.

(Spoil : le paragraphe en italique révèle le plot)
Le Maître veut mettre un terme à la guerre du temps, pour ça, il compte bien utiliser une technologie que même son espèce se refuse à utiliser, envisageant la possibilité de modifier le libre arbitre d'espèces entières (dont les Dalek et les Seigneurs du Temps). Mais pour ça, il a besoin d'énergie, ce qu'un individu ayant provoqué un paradoxe est en mesure de fournir. Raison pour laquelle le Maître jette son dévolu sur un certain Cole, ayant survécu à une mort qui lui avait été déterminé comme point fixe dans le temps, puis il va exploiter cette faille pour le pousser à commettre l'irréparable : Cole essaiera de sauver une race alien, mais en agissant ainsi, il poussera cette espèce dans une situation plus problématique qu'à l'origine, en plus du paradoxe provoqué (et aidé par le Maître). Ainsi, le Maître n'a plus qu'à emmener Cole (après diverses manipulations) à un endroit surnommé "paradis", où se cache l'arme la plus terrible de l'univers. Poussant la situation de sorte à ce que Cole se fasse piéger pour qu'il utilise son énergie comme prévue dans son plan initial. Mais voilà, tout ne se passe pas comme prévu, car modifie les paramètres de la guerre du temps d'une manière incontrôlable, et... trop tard, le Maître prend conscience qu'il vient de se mettre lui-même dans une merde noire. Considérant "qu'il ne peut plus co-exister avec cette guerre, dorénavant" il prend la décision de fuir, fuir le plus loin possible, à l'extrémité du temps lui-même, pour se transformer en humain, sous une forme de protection des témoins capable d'effacer temporairement la mémoire : l'Arc Chaméléon.

Ces évènements, les trahisons, l'ambiance générale est superbement géré. Pour ma part, bien que je regrette pas mal de lenteurs, je me suis senti véritablement investi dans l'histoire et ses enjeux. Je me suis senti mal pour Cole, mais aussi pour le Maître qui réalisait qu'il avait empiré la situation, ce qui, pour une fois, n'était pas son but. Il dit lui-même une phrase qui m'a marqué : "Voilà que la seule fois où j'essaie d'améliorer l'univers, il se passe ça...". J'ai aisément ressenti le sel et la frustration émise par un monstre qui, pour une fois essayait de régler un problème.

Cependant, des questions me viennent, comment un ordinateur peut être capable d'autant de choses (c'est l'ordinateur, l'arme en question). Comment une IA peut influer sur l'esprit des gens à échelle universelle ? Ce genre de question pourrait paraître anodine, et pourtant, plus j'y réfléchi, plus je me dis qu'au vu du peu d'informations révélés sur cette technologie ça manque clairement de crédibilité.

Le premier épisode (disponible légalement et gratuitement), en soit était plus simple et plus crédible : Le Maître fuit dans une station sous-marine pour récupérer son TARDIS et fuir les Dalek. Comme épisode pilote, je pense que ça sera assez compliqué de faire mieux : On a tout ce qu'il faut pour comprendre. Un huit-clos avec une équipe de gens qui vont découvrir une capsule où se trouve le Maître, qui choisira de se faire appeler le Docteur (pour exploiter sa réputation), puis manipulera le groupe tandis que les Dalek préparent leur attaque. Et ce qui m'avait fasciné dans cet épisode, c'est que là où tout indiquait que le Maître allait faire de la scientifique sa compagne de voyage, on a rapidement un retour à la réalité quand il décide de la pousser à la mort pour régénérer l'énergie de son TARDIS. Le peu d'espoir qu'on avait nous est volé d'un seul coup, et en ça, c'est là, la puissance de Only The Goode et des War Master en général. Tu crois que ça va bien finir, tu oublie que le Maître est un monstre, et tes espoirs se font éclater un à un comme des ballons quand les véritables intentions de ce vieillard sournois se révèlent.

L'épisode 2 est celui dont je me souviens le moins, pourtant il permet de comprendre comment le Maître rencontre Cole, et comment celui-ci survie à quelque chose où il n'aurait jamais dû survivre. Mais en de rares occasions, quand une guerre déchire le temps lui-même, il n'y a plus de place pour s'inquiéter de paradoxes, et en soit l'exploitation de ces derniers à du sens.

L'épisode 3 est le préféré des gens en général. le maître ne fait rien vraiment lui-même, il décide juste d'emmener Cole sur une planète en détresse de son choix. Et en cela, on a un renvoi direct aux épisodes de Doctor Who, mais en corrompu. Car à la différence du Docteur qui s'intègre aux évènements d'une temporalité pour sauver tout le monde, le Maître fais croire à Cole qu'il ne peut pas agir, que ça serait contre les règles établies par les seigneurs du temps. Il ment délibérément à ce dernier pour le forcer à agir lui-même, ayant connaissance du fait que ses erreurs inexpérimentés vont conduire cette espèce à un sort plus que tragique. Pour les sauver, Cole les aide à créer leur propre évolution, des sortes de Cyberman mais ayant des intentions quasiment aussi hostiles que les Dalek : ce qui n'était clairement pas son projet de base, et hantera ce dernier durant l'épisode 4, avec l'ordinateur au paradis. Tout est sournosiement préparé pour détruire Cole, en quelques étapes.

Et le grand génie de cette fiction est qu'elle ne se fini même pas bien pour le maître. Tout ce qu'il fait se retourne contre lui, et tous les gens qu'il a sacrifiés s'avèrent être mort en vain, pour rien. Et le constat horrifique de cette saison est la raison pour laquelle je considère cette fiction sonore comme ma meilleure écoute. Les deux seules autres fictions à autant m'avoir touché sont les saisons 3 et 5 et 6 de The War Master (que j'aborderais si vous le voulez sur un autre sujet qui leurs sera dédiés).

Mixage.
Je ne vais pas tourner autour du pot, c'est un monstre. Pourtant, malgré la technique incroyable dont joui cet opus... il y a un gros problème que je considère valable sur TOUTES les productions de Big Finish en général, les aigues sont un peu trop fort. Ce qui résulte par moment un coté désagréable, comme si le son était trop fort, mais uniquement dans les aigues. Et je comprends tout à fait que faire ça permet d'exploiter la musique au mieux en fond sans être obligé de faire des automations ; mais au mieux c'est un poil gênant sur certaines scènes... au pire ça me fait mal aux oreilles sur d'autres.
Mais en général c'est bien mieux équilibré, et la scène passe toute seule. (le problème d'aigue se manifeste surtout dans des phases d'actions, ou "fortes").

Musique.
Mon domaine, et pourtant, je n'ai pas grand chose à dire. Le travail fourni sur la bande originale de Only The Good est plus que convenable et apporte réellement quelques chose aux différentes scènes. Mais plus que ça, le thème principal du Maître qui selon moi brille par son ambiance creepy et sinistre jouée avec une version synthétique d'une boite à musique (probablement). Ce leitmotiv est d'ailleurs utilisé dans la musique d'opening sonore (je vous met le lien pour l'écouter, ça a été mon coup de coeur presque instatanément) au début de chaque épisode.

Parlons en de ce générique sonore, même de ce principe, qui est selon moi une idée brillante pour donner une identitée sonore à une série audio. Quelque chose qui dure entre 30 et 40 secondes (voire légèrement plus), qui, en plus de marquer clairement ce qu'on écoute, mettra directement le mood. Et c'est là où foudroie d'efficacité la composition de cet opening. Il est entrainant, rythmé, violent, on compends direct que ça va chier et ce en seulement 30 secondes.

Jeu d'acteur.
J'ai pas grand chose à dire ici non plus. On est vraiment sur de la grosse qualité. Déjà de la part de Derek Jacobi qui est un maître pour jouer ce Maître (jeu de mot volontaire). Mon seul reproche en réalité ne concerne pas la fiction en elle-même mais les Big Finish en général où les acteurs qui sont parfois à jouer des personnages différents on l'air de tous les jouer de la même façon. Hélas, même avec un jeu de qualité, reconnaître le jeu d'un autre personnage est un vrai problème, car peut aisément nous sortir d'une écoute. Mais en ayant écouté ça dans une fiction professionelle, ça m'a rassuré sur un point, ce n'est pas qu'en amateur qu'on retrouve ce problème.

Conclusion
Es-ce que j'ai aimé ? Oui. Es-ce que je vous recommande cette fiction ? Aussi.
Elle a ses défauts, mais ce sont des défauts qui peuvent facilement s'oublier quand en face, on a histoire qui prend autant aux tripes. Cette fiction m'a fait aimer la fiction sonore, de manière absolue : car m'a montré qu'il était possible d'égaler l'efficacité émotionelle d'un film ou d'une série sans nous en imposer l'image.

Le son à lui seul, suffit. Sans narrations, juste du jeu et du sound design, accompagné de musiques ici et là.


Et vous ? comptez-vous l'écouter ? l'avez-vous écouté ?
Vous ai-je donné envie de passer le pas ?
Image
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